• L’étang (poésie)

    Hutte, Lac, Montagnes, Cabane De Montagne, Paysage 

    (image pixabay)

    L’étang

    Jean Racine

    Que c’est une chose charmante
    De voir cet étang gracieux
    Où, comme en un lit précieux,
    L’onde est toujours calme et dormante !
    Mes yeux, contemplons de plus près
    Les inimitables portraits
    De ce miroir humide ;
    Voyons bien les charmes puissants
    Dont sa glace liquide
    Enchante et trompe tous les sens.

     

    Déjà je vois sous ce rivage
    La terre jointe avec les cieux,
    Faire un chaos délicieux
    Et de l’onde et de leur image.
    Je vois le grand astre du jour
    Rouler, dans ce flottant séjour,
    Le char de la lumière ;
    Et, sans offenser de ses feux
    La fraîcheur coutumière,
    Dorer son cristal lumineux.

     

    Je vois les tilleuls et les chênes,
    Ces géants de cent bras armés,
    Ainsi que d’eux-mêmes charmés,
    Y mirer leurs têtes hautaines ;
    Je vois aussi leurs grands rameaux
    Si bien tracer dedans les eaux
    Leur mobile peinture,
    Qu’on ne sait si l’onde, en tremblant,
    Fait trembler leur verdure,
    Ou plutôt l’air même et le vent.

     

    Là, l’hirondelle voltigeante,
    Rasant les flots clairs et polis,
    Y vient, avec cent petits cris,
    Baiser son image naissante.
    Là, mille autres petits oiseaux
    Peignent encore dans les eaux
    Leur éclatant plumage :
    L’œil ne peut juger au dehors
    Qui vole ou bien qui nage
    De leurs ombres et de leurs corps.

     

    Quelles richesses admirables
    N’ont point ces nageurs marquetés,
    Ces poissons aux dos argentés,
    Sur leurs écailles agréables !
    Ici je les vois s’assembler,
    Se mêler et se démêler
    Dans leur couche profonde ;
    Là, je les vois (Dieu ! quels attraits ! )
    Se promenant dans l’onde,
    Se promener dans les forêts.

     

    Je les vois, en troupes légères,
    S’élancer de leur lit natal ;
    Puis tombant, peindre en ce cristal
    Mille couronnes passagères.
    L’on dirait que, comme envieux
    De voir nager dedans ces lieux
    Tant de bandes volantes,
    Perçant les remparts entrouverts
    De leurs prisons brillantes,
    Ils veulent s’enfuir dans les airs.

     

    Enfin, ce beau tapis liquide
    Semble enfermer entre ses bords
    Tout ce que vomit de trésors
    L’Océan sur un sable aride :
    Ici l’or et l’azur des cieux
    Font de leur éclat précieux,
    Comme un riche mélange ;
    Là l’émeraude des rameaux,
    D’une agréable frange,
    Entoure le cristal des eaux.

     

    Mais quelle soudaine tourmente,
    Comme de beaux songes trompeurs,
    Dissipant toutes les couleurs,
    Vient réveiller l’onde dormante ?
     

    Déjà ses flots entrepoussés
    Roulent cent monceaux empressés
    De perles ondoyantes,
    Et n’étalent pas moins d’attraits
    Sur leurs vagues bruyantes
    Que dans leurs tranquilles portraits.

     

    Jean Racine, Lettre à Mademoiselle Vitart

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