• A l’occasion de la sortie en Italie de son dernier livre Je me suis réveillé en colère, Marek Halter nous fait part da sa vision du monde, mais surtout de ses colères : communautarisme, racisme, antisémitisme, sexisme... Son crédo : la colère comme antidote à l’apathie

    "L'apathie est la maladie mortelle de toute société" selon Marek Halter (Photo NR)

     

    Comment a germé l'idée de votre dernier ouvrage ?
    Les gens comme moi n'ont pas beaucoup de choix dans la vie. Je suis juif, né en 1936 en Pologne. Autrement dit, je suis né au mauvais moment et au mauvais endroit. Alors, ou je considère que j'ai déjà payé et je mène ma petite vie tranquille, ou alors je me dis que, puisque j'ai vu le visage du mal, mon devoir est de prévenir les autres.
    Pour le titre, j’ai repensé à une phrase prononcée par François Truffaut il y a 40 ans. M’interrogeant sur l’origine de mon accent, il m'a dit "j’adore les juifs car ils se réveillent toujours en colère".

     

    Comment vous définiriez-vous ? Comme un romancier engagé ?
    Non, je suis un conteur, mais à la différence de Shéhérazade (Ndlr : délicieuse conteuse des Mille et une nuits), pour moi, le conte n’a de valeur que s’il est porteur de leçons. Quant à mon engagement, effectivement, je me sers de ma reconnaissance pour promouvoir mes combats : la paix au Proche-Orient par exemple. Je pense être le premier juif pro-israélien à avoir rencontré Yasser Arafat. Puis, j'ai lancé avec d'autres le mouvement SOS-Racisme. Aujourd’hui, je soutiens le mouvement Ni Putes ni Soumises.

    Selon moi, l’engagement sert à préserver les gens de l'apathie, la maladie mortelle de la civilisation. Le nazisme, le stalinisme, l'islamisme ne peuvent apparaître que dans des sociétés qui ne réagissent pas. Il faut crier sa colère et cela demande du courage.

     

    Vous abordez dans votre livre le communautarisme. Faut-il le rejeter ?
    Nous vivons avec des préjugés, que nous n'acceptons pas de remettre en question. L'idée de l'homme universel des Lumières est certes très belle, mais la société change, et elle n'est plus seulement composée de Français de souche. L’immigration musulmane a changé la donne, car l'idée de l'homme universel, avec les mêmes valeurs, la même culture, ne tient plus. Pour moi, les communautés enrichissent le pays, et toutes les références sont nobles.

     

    Quels sont vos liens avec l’Italie ?
    J'aime l'Italie, car j'y suis lié par l'histoire de mes aïeux. Près de Crémone, des Halter ont créé une des premières grandes imprimeries juives en Italie. La maison où ils ont vécu est aujourd'hui un musée national. Je reviens en Italie comme si je revenais chez moi. 
    Propos recueillis par Marie MALZAC et Nathalie ROUVEYRE. (www.lepetitjournal.com - Milan) mardi 19 février 2008

     

    En français : Je me suis réveillé en colère, éditions Robert Laffont
    En italien : La mia ira, éditions Spirali

    Présentation de l'éditeur
    "Vous avez l'air bien en colère !"C'est en ces termes qu'un matin, place des Vosges à Paris, un vieux Juif religieux interpelle Marek Halter. Le dialogue se noue naturellement entre les deux hommes. Bientôt, l'habitude est prise. Chaque jour, Marek Halter vient trouver le vieux Juif devant la statue du roi Louis XIII pour partager avec lui un nouvel objet de courroux. Communautarisme, racisme, écologie, religion, démocratie, altermondialisme, conflit israélo-palestinien... Qu'il s'emporte ou s'enthousiasme, Marek Halter enrichit le débat de références bibliques, historiques et philosophiques, et met ses dons de conteur au service des grandes causes. Un livre à la fois actuel et intemporel. Après le très grand succès de ses biographies de femmes bibliques -Sarah, Tsippora, Lilah et Marie, Marek Halter change de registre. Je me suis réveillé en colère est un livre de combat.

    A lire aussi
    Marek Halter : un homme en colère 

    Les mille et une vies de Marek Halter
    - 1936 : Marek Halter nait à Varsovie d’un père imprimeur et d’une mère poétesse yiddish
    - 1941 : sa famille s’échappe du ghetto de Varsovie
    - Années d’exil en Pologne (sous autorité soviétique), puis en Ukraine et à Moscou. Ils sont ensuite envoyés à Kokand en Ouzbékistan. A cette époque Marek Halter devient un "sans loi", vole pour aider ses parents. Sa sœur y meurt de faim.
    - 1946 : fin de la guerre, Marek Halter et sa famille retournent en Pologne
    - 1950 : ils émigrent en France
    A paris, il rencontre le mime Marceau qui lui apprend ses premiers mots en français, François Truffaut et Simone Veil à qui il doit sa citoyenneté française
    - 1967 : il fonde le comité international pour la paix négociée au Proche-Orient
    - 1976 : il publie son premier livre Le fou et les rois, prix Aujourd’hui
    - 1983 : il participe à la fondation de SOS-Racisme et publie Les mémoires d’Abraham, prix du livre Inter
    - 2003 : début de la trilogie sur les femmes bibliques Sarah, Tsippora et Lilah
    - 2007 : sortie de son premier essai depuis 10 ans Je me suis réveillé en colère aux éditions Robert Laffont

     

    Source : http://www.lepetitjournal.com/milan

    Marek Halter - Librairie Dialogues

     

     

     


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