• L’image contient peut-être : une personne ou plus, arbre, plante, plein air et nature

    C'est un matin peut-être
    Où les arbres te montrent
    Impatients le chemin,

     

    Un matin où marcher
    A des allures d'enfance,
    Même de premiers pas,
    De sève trouvant sa voie,
    Sa ligne de vie chanceuse,
    Dans l'azur éclaté,

     

    Un matin où les bruits,
    Toutes les rumeurs du monde,
    Montent puissants vers toi
    En échos sans pareil,
    En gestes assourdissants,
    En retraits silencieux,
    En signes qui ne trompent,
    Un matin sans mépris
    Où ne pas triompher
    Mais rejoindre à tout prix
    L'aire fertile du soleil.

     

    C'est un matin d'amour
    Où nul ne peut gagner
    Ni s'emparer du sceau
    Sans reconnaître en soi
    L'ombre de chaque frère.

     

    C'est un calme horizon
    Que nous n'atteindrons pas
    Sans laisser place à l'autre,
    Un feu dans les remises
    Un brasier sous les combles,
    Une tempête logée sous l'écorce des mots,
    Un silence refoulé
    Dont on pressent les cris.

     

    C'est un matin fiévreux
    Pour dire la justice
    Et la bonté exacte
    Sous les branches de vivre,
    Un jour pour n’ignorer
    Tout ce qu’il reste à faire
    Afin que l'homme en nous,
    Son Chant et ses racines,
    En toutes leurs agonies,
    Partout soient secourus.

     

    Jean Lavoué
     

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  • Hutte, Lac, Montagnes, Cabane De Montagne, Paysage 

    (image pixabay)

    L’étang

    Jean Racine

    Que c’est une chose charmante
    De voir cet étang gracieux
    Où, comme en un lit précieux,
    L’onde est toujours calme et dormante !
    Mes yeux, contemplons de plus près
    Les inimitables portraits
    De ce miroir humide ;
    Voyons bien les charmes puissants
    Dont sa glace liquide
    Enchante et trompe tous les sens.

     

    Déjà je vois sous ce rivage
    La terre jointe avec les cieux,
    Faire un chaos délicieux
    Et de l’onde et de leur image.
    Je vois le grand astre du jour
    Rouler, dans ce flottant séjour,
    Le char de la lumière ;
    Et, sans offenser de ses feux
    La fraîcheur coutumière,
    Dorer son cristal lumineux.

     

    Je vois les tilleuls et les chênes,
    Ces géants de cent bras armés,
    Ainsi que d’eux-mêmes charmés,
    Y mirer leurs têtes hautaines ;
    Je vois aussi leurs grands rameaux
    Si bien tracer dedans les eaux
    Leur mobile peinture,
    Qu’on ne sait si l’onde, en tremblant,
    Fait trembler leur verdure,
    Ou plutôt l’air même et le vent.

     

    Là, l’hirondelle voltigeante,
    Rasant les flots clairs et polis,
    Y vient, avec cent petits cris,
    Baiser son image naissante.
    Là, mille autres petits oiseaux
    Peignent encore dans les eaux
    Leur éclatant plumage :
    L’œil ne peut juger au dehors
    Qui vole ou bien qui nage
    De leurs ombres et de leurs corps.

     

    Quelles richesses admirables
    N’ont point ces nageurs marquetés,
    Ces poissons aux dos argentés,
    Sur leurs écailles agréables !
    Ici je les vois s’assembler,
    Se mêler et se démêler
    Dans leur couche profonde ;
    Là, je les vois (Dieu ! quels attraits ! )
    Se promenant dans l’onde,
    Se promener dans les forêts.

     

    Je les vois, en troupes légères,
    S’élancer de leur lit natal ;
    Puis tombant, peindre en ce cristal
    Mille couronnes passagères.
    L’on dirait que, comme envieux
    De voir nager dedans ces lieux
    Tant de bandes volantes,
    Perçant les remparts entrouverts
    De leurs prisons brillantes,
    Ils veulent s’enfuir dans les airs.

     

    Enfin, ce beau tapis liquide
    Semble enfermer entre ses bords
    Tout ce que vomit de trésors
    L’Océan sur un sable aride :
    Ici l’or et l’azur des cieux
    Font de leur éclat précieux,
    Comme un riche mélange ;
    Là l’émeraude des rameaux,
    D’une agréable frange,
    Entoure le cristal des eaux.

     

    Mais quelle soudaine tourmente,
    Comme de beaux songes trompeurs,
    Dissipant toutes les couleurs,
    Vient réveiller l’onde dormante ?
     

    Déjà ses flots entrepoussés
    Roulent cent monceaux empressés
    De perles ondoyantes,
    Et n’étalent pas moins d’attraits
    Sur leurs vagues bruyantes
    Que dans leurs tranquilles portraits.

     

    Jean Racine, Lettre à Mademoiselle Vitart


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  • Précurseur du surréalisme,

    Apollinaire est toujours à l'affût de la modernité.

    Son œuvre dit l’érotisme, l’amour, la nostalgie, et ouvre des voies nouvelles à la poésie de son époque.

    Un monde en équilibre instable. Le monde d'Apollinaire.

    "J'ai tout donné au soleil, tout, sauf mon ombre.”

    Guillaume Appolinaire 

    Guillaume Appolinaire Crédits : Wikimedia Commons

     

    Je suis soumis au Chef du Signe de l’Automne. Partant j’aime les fruits je déteste les fleurs. Je regrette chacun des baisers que je donne. Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs. Mon Automne éternelle ô ma saison mentale. Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol. Une épouse me suit c’est mon ombre fatale. Les colombes ce soir prennent leur dernier vol. Guillaume Apollinaire, "Alcools"

     

    Écouter

    Lecture commentée de l’œuvre d’Appolinaire
     

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  • En deuil de fraternité, nous marchons, sans trop y croire ... (poésie)

    En deuil de fraternité, nous marchons, sans trop y croire,
    Vers les rives d’un fleuve qui nous emporterait
    Au-delà de nous-mêmes : de nos démons familiers,
    De nos peurs secourables, de nos ténèbres sans été,
    Vers des saisons que nous pourrions encore fêter
    Et vers des peuples dont la ferveur nous réconcilierait.

     

    Aux miroirs de nos propres bassesses,
    Serons-nous capables encore d’aller debout,
    Humbles et dignes face aux vents,
    Vers des audaces et des matins,
    Sans redouter leur jeunesse trop ailée ?

    Comptables de mérites dérisoires,
    De passe-droits sans scrupules,
    Ne le sommes-nous pas tout autant de ces esprits rebelles
    Que partout, sans le savoir, nous avons semés ?
    Nous n'avons pas su prendre soin de nos graines,
    De nos enfances aux mains germées,
    De nos plaines confiantes,
    De nos seuils pleins d’allant et de promesses.

     

    Nous sommes seuls, à présent,
    Pétrifiés au carrefour de l’histoire,
    Ecartelés sur la rosace du temps,
    Au rendez-vous cependant de ces rêves
    Que nous avions cru enterrés à jamais.
    Qui nous aidera à soulever leur sauvage sagesse,
    A laisser aller en nous leur inquiétant poème,
    Serons-nous assez fous pour pouvoir avec eux
    Tout recommencer ?

     

    Jean Lavoué

    www.enfancedesarbres.com


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  •  

    A l'occasion du Printemps des poètes du 4 au 19 mars, nous recevons Abderrahmane Sissako, cinéaste et producteur mauritanien, et Daniel Maximin, poète et écrivain guadeloupéen.

    Ecoliers, NigerEcoliers, Niger Crédits : MUSTAFA OZER - AFP

    Le Printemps des Poètes est africain cette année, avec des voix-monde d'aujourd'hui qui rendront hommage à la langue fleurie des poètes et celle des figures d'hier: le sénégalais Léopold Sédar Senghor, le congolais Tchicaya U Tam'si ou encore l'algérien Kateb Yacine. A cette occasion, nous retrouvons le parrain cinéaste Abderrahmane Sissako et le poète invité Daniel Maximin.

    Poète et écrivain guadeloupéen, auteur d'une trilogie romanesque (L'Isolé soleil en 1981, Soufrières en 1987 et l'Ile d'une nuit en 1995) de deux recueils de poésie ("L'Invention des Désirades", et "L'ex-île") et d'un récit autobiographique Tu, c'est l'enfance, Daniel Maximin est à retrouver auprès du poète Nimrod pour un "Dialogue Césaire-Senghor" le 13 mars à la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris.

    "Nous sommes tous prisonniers de l'impossibilité de dire. Pourquoi ? Parce que nous n'avons que la langue." Daniel Maximin, La Grande Table

    Abderrahmane Sissako, réalisateur de "La Vie sur terre", d'"En attendant le bonheur", de "Bamako" et dernièrement de "Timbuktu", est parrain de cette 19eme édition du Printemps des poètes.

    "La poésie, c'est la forme. La forme de la révolte, du cri. (...) Le cinéma n'a pas de sens pour moi quand ce n'est pas une poésie de révolte." Abderrahmane Sissako, La Grande Table

    Retrouvez Abderrahmane Sissako et Daniel Maximin en deuxième partie d'émission.

     

    Intervenants

     

    Ecouter

     

     

    La Grande table (1ère partie)

     

    Sur France Culture :

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie


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