•  

    Rivière fraternelle

     

    Jusqu’où m’invites-tu rivière fraternelle à me couler en toi
    Jusqu’où m’emportes-tu entre les berges de ton silence
    Vers quelle île engloutie me fais-tu remonter jusqu’aux sources de vivre ?

     

    Je contemple en marchant tes vases de lumière
    J’y lis d’étranges signes m’épelant ton secret
    Un fil de haut lignage, de forces reposées, de marées insoumises

     

    Par rocs et bruyères tu entreprends ma terre et tu l’invites à se livrer
    Tu rêves d’océan, d’envol de goélands vers tes odes natives
    Au vent de l’inconnu tu ne peux résister car tu ne sais que te donner

     

    Je suis ici de mon enfance et j’apprends à me taire pour être plus vivant
    Même sous tes eaux calmes tu portes en toi le large et mes désirs d’envols
    Tu es l’amante du matin, petite sœur des libellules, ô ma princesse aux yeux de nuit

     

    Tu m’orientes et je te célèbre en cortège de branches aux nichées d’oiseaux vives
     

    Je me laisse tomber à la racine de nos âmes d’où nous contemplons la cime
    Nous sommes de la même sève, libres et secourables, et simples avec nous-mêmes

     

    Nous franchissons des ponts en coulées souveraines sans même nous retourner
     

    Rien ne t’arrête au port, à peine les moulins dont les meules te défient
    Nous sommes de tous remparts la clairière qui s’ouvre et la trouée fertile

    Aucune saison jamais ne sera trop somptueuse pour t’offrir son écrin
    Que mon chant aille se perdre en tes flancs soleilleux loin des tumultes de la ville
     

     

    Qu’ensemble nous trouvions le courant de la joie et notre souffle et notre rythme
    Notre demeure des hauts fonds, notre défaite consentie, notre présence sans limites.

     

    Jean Lavoué
     

    www.enfancedesarbres.com

     

    Poème primé le 10 décembre 2016 à Pont-l’Abbé lors de l’inauguration du 1er salon du livre Bigouden présidé par Brigitte Maillard
     

     

    Photos Rivière de Pont-l’Abbé Cop. Doly, B.Buisson, R. Trébaol


    votre commentaire


  • votre commentaire
  • Le monde broie du noir
    Mais il suffit d’ouvrir les yeux
    Pour saisir encore le chant des couleurs
    Sentir en soi le frémissement des feuilles

     

    L'arbre retient son souffle
    Et brûle comme un encens
    Les dernières larmes de la joie

     

    Les roux de l'automne
    Ont composé pour la rivière
    Un vaste châle de prière
    Où s’enroulera sa nuit

     

    Je mesure à pas lents
    Les progrès de l'hiver
    La nudité du vent
    L’enfouissement de la lumière
    Les clameurs d’aube sur la mer

     

    Le soleil qui descend
    Prépare en nous sa sève
    Il est temps pour chacun
    De regagner la source

     

    Il est temps de migrer
    Loin des branches invulnérables
    Il est temps de se glisser
    En patience de bourgeons
    Jusqu’aux racines du silence.

    Jean Lavoué
     

    www.enfancedesarbres.com


    2 commentaires
  •  

     

    Ecouter

    (cliquez sur le lien, ouvrir dans un nouvel onglet)


    L’histoire de ce lieu est une histoire d’amour. Une histoire d’amants. Mais aussi gorgée de sensualité que soit l’espace qui entoure cette union de la pierre et de l’arbre, c’est un sol sacré que nous foulons, un air divin que nous respirons, un état de grâce qui se trouve à disposition de quiconque s’ouvre suffisamment aux vibrations présentes.

     

    Il s’agit d’un endroit tout simple. Inconnu, non protégé, pas vraiment respecté non plus… Certes il n’a pas l’importance de Carnac, ni l’envergure de Stonehenge, et c’est pourquoi, comme des milliers d’autres, il est si fragile. C’est la raison pour laquelle je vous écris aujourd’hui son histoire. Si l’époque actuelle n’est pas à compter au nombre de celles où l’on voue à ces lieux millénaires un amour sans bornes et une vénération sans limites, elle est en revanche ouverte aux récits épiques, romanesques, magiques, qui font rêver et savent susciter dans l’être des énergies capables, justement, de rendre moins fragiles ces Merveilles qui traversent les Temps… Aussi épique et romanesque qu’il puisse sembler cependant, celui-ci est bien réel. Chaque mot est Vérité. Ceux qui sauront s’abandonner à la Lumière d’Unité intense que ce qu’ils portent et transmettent, en percevront la profonde pureté.

     

    Lorsque j’ai approché pour la toute première fois cet endroit, je savais que j’allais retrouver des êtres chers, des amours vécus intensément, des fragments de vie bien connus… tout m’était familier. Un enthousiasme serein murmurait dans mon coeur. Des sentiments opposés naissaient en moi. Tout mon corps était parcouru de frissons de différentes natures. J’éprouvais, à mesure que j’avançais, à quel point je m’apprêtais à vivre des retrouvailles magnifiques. Un instant solennel, sacré, précieux, divin… Mon coeur était débordant de Joie, tout mon corps frémissait d’une extase douce et invisible, et à la fois quelque chose de terrible me serrait fortement. Une tristesse, de l’effroi, de la douleur aussi, et tellement de désespoir… Tout se mêlait en moi et tout était d’une intensité rare. Ma tête était si brûlante qu’il m’était devenu impossible de penser, de vouloir, encore moins de décider de quoi que ce fut.

     

    Mes jambes avançaient toutes seules, doucement, très doucement, car j’avais la sensation de marcher sur quelqu’un ; de poser mes pieds sur les courbes d’un corps. Je me suis immobilisée. Un grondement sourd d’une puissance inouïe m’a littéralement empêchée de faire un pas de plus ; une véritable onde de choc, un champ vibratoire impénétrable. Je suis restée silencieuse, immobile, admirant le chef-d’oeuvre qu’est cette union de la pierre et de l’arbre. Mais admirer, respecter, aimer ne suffisait pas. Il me fallait visiblement faire autre chose pour avoir la permission de m’approcher davantage ; je sentais que sans cela, je ne serai ni capable, ni autorisée à faire le moindre pas, sinon peut-être pour rebrousser chemin.

     

    Portant un amour d’une extrême puissance aux lieux sacrés et les connaissant intimement et depuis des temps immémoriaux, je faisais résonner dans tout mon être un grand Oui aux conditions que celui-ci me poserait. Le grondement prit fin et tout s’éclaircit : il me fallait abandonner complètement mon corps aux vibrations qui animaient tout l’espace temps. Accepter de vivre sans réserve tout ce qui allait se présenter. Evidemment je plongeais avec délice dans tout ce qui se produisit, pour le meilleur et pour le pire, car il y eut les deux, tout aussi fortement… et je pu ressentir ensuite le soulagement immense et la profonde gratitude qui jaillissaient, fluides, de toutes parts et m’inondaient, m’enveloppaient, transformaient tous les alentours en océan scintillant. J’avais accepté de vivre ce qu’avaient vécu ces amants sacrés. J’avais accepté de tout vivre. Les merveilles, les horreurs, les extases, les terreurs, les plaisirs, les douleurs… J’avais accepté de traverser tout ce que la terre sous leurs corps avait enduré, tout ce que la pierre avait vécu, ressenti, supporté, tout ce qui avait existé et avait donné vie à la magie décuplée de l’endroit.

     


    Je ne révélerai pas, bien sûr, qui étaient ces deux êtres divins, ni ce dont ils firent l’expérience, je ne me le permettrait pas… et laisse à chacun la liberté de ressentir et vivre pleinement, si tel est son choix, son chemin, la puissance et la nature de cette vibration d’Union Sacrée. Ce dont je souhaite vous parler en revanche, c’est de la profondeur du dévouement, de la compassion, de la bienveillance et de l’humilité de cette Pierre qui demeure, quand tout le reste est devenu invisible à la plupart des yeux et a été effacé des mémoires.

     

    Face à la complétude que ces deux êtres avaient été capables d’atteindre, à deux, des larmes avaient coulé de tous les corps alentours. Pierres, arbres, fleurs, terre, animaux… tous avaient pleuré, le coeur battant, le corps frémissant, immobiles, silencieux, bouleversés, transformés pour toujours par la Beauté Divine dont ils avaient été témoins : l’Unité. Dieu.

    Bouleversée moi aussi, époustouflée et emplie de vénération, j’invitais la Pierre à me raconter son histoire, même si je me rendais bien compte que j’en connaissais les moindres détails intimement. C’était l’histoire d’un sacrifice majestueux : celui d’une pierre magique des Anciens Temps qui avait accepté, pour sauver la vie à deux âmes qui l’avaient émerveillée, de prendre forme humaine pour attirer sur elle les foudres des ombres. C’était aussi l’histoire de deux amants magnifiques, qui trouvèrent le divin au coeur de leur Amour, qui accomplirent l’Unité en faisant l’expérience de l’Amour humain, qui transformèrent tout ce qu’ils avaient d’humain, en tout ce que le Monde recèle de Divin. Ce qui arriva aux trois corps humains, à cette époque, fut terrible, et lorsque la Pierre sacrée, épuisée par sa transformation, reprit sa forme minérale et constata que les deux êtres qu’elle avait voulu protéger, sauver, et pour lesquels elle s’était sacrifiée avaient péri, une douleur si vive s’empara d’elle qu’elle cassa. Elle se fendit. Net.

     

    Son amplitude vibratoire avait intensément chuté, et tout autour d’elle, tout s’était affaiblit. Mais les animaux des alentours, le vent, la terre, l’eau, le soleil, travaillèrent ensemble pour rassembler les corps des deux amants et les placer contre la Pierre qui avait eu tant d’amour pour eux. Leur tombeau fut l’espace créé par la cassure, la faille dans la roche.

     

    S’il était besoin de décrire l’état dans lequel se trouvait la Pierre à ce moment, je dirais qu’elle était abattue, épuisée, mourante et choquée…

    Alors deux lumières gigantesques descendirent du ciel en s’unissant et inondèrent les bois, réchauffèrent la terre tout autour d’elle. Deux lumières si profondément touchées, aimantes et reconnaissantes qu’elle pénétrèrent la Pierre pour panser ses blessures et la ressusciter.

    Lorsque la Vie et l’intense et millénaire Magie eurent repris leurs places au sein de la roche, les deux Amants Lumière s’envolèrent, en laissant pour pansement vivant et frémissant, un arbre grandissant.

    Beaucoup d’arbres se sont succédés dans cette blessure d’Amour et de Vénération. Celui qui orne aujourd’hui la Pierre est un chêne magnifique.

    L’union de la pierre et de l’arbre et leur inter-pénétration sont si parfaites que si je ferme les yeux, je ne puis distinguer aucune différence vibratoire entre l’arbre et la pierre… si je touche la pierre, je touche l’arbre, si je le caresse lui, je la caresse elle. Tel fut le plus beau cadeau de gratitude de deux êtres ayant trouvé l’Unité dans l’Amour… : l’Unité et l’Amour Noble.

    J’y suis retournée depuis, et j’y ai trouvé un apaisement considérable… une paix assourdissante… La conscience, l’empathie et l’amour dont j’avais fait don en me laissant traverser par cette mémoire de vie avait su transformer la nature de tout l’espace temps…

    Telle est l’énergie offerte à tous ceux qui s’ouvrent et s’abandonnent sur ce lieu merveilleux : la Vibration de l’Union Sacrée, Noble, Anoblissante.

     

    Voilà pourquoi je vous conte cette histoire… pour que vos coeurs et vos consciences, eux aussi, communient à cette Unité offerte avec tellement d’humilité et d’amour…

     

    Lorsque je ferme les yeux et pense à cet endroit, je suis dans l’Océan… un Océan de Douceur et de Puissance… que je vous souhaite de découvrir !

    Si j’aime tant écrire sur ces lieux sacrés, c’est bien sûr toujours pour rendre hommage à leur incommensurable préciosité, leur beauté, leur puissance, leur existence hors des temps, leur magie… Mais c’est aussi pour éveiller, toujours davantage dans vos coeurs un Amour pour eux, aussi dévoué, bienveillant et guérissant que celui qu’ils offrent si généreusement depuis le début des Temps et jusqu’à la fin des âges…

    Sur :

    http://www.choix-realite.org/

    Auteur

    • Alyna Rouelle

     


    1 commentaire
  • Afficher l'image d'origine

    Rayons d’octobre

    Nérée Beauchemin

    Maintenant, plus d’azur clair, plus de tiède haleine,
    Plus de concerts dans l’arbre aux lueurs du matin :
    L’oeil ne découvre plus les pourpres de la plaine
    Ni les flocons moelleux du nuage argentin.

    Les rayons ont pâli, leurs clartés fugitives
    S’éteignent tristement dans les cieux assombris.
    La campagne a voilé ses riches perspectives.
    L’orme glacé frissonne et pleure ses débris.

     

    Adieu soupirs des bois, mélodieuses brises,
    Murmure éolien du feuillage agité.
    Adieu dernières fleurs que le givre a surprises,
    Lambeaux épars du voile étoilé de l’été.

     

    Le jour meurt, l’eau s’éplore et la terre agonise.
    Les oiseaux partent. Seul, le roitelet, bravant
    Froidure et neige, reste, et son cri s’harmonise
    Avec le sifflement monotone du vent.

     

    Nérée Beauchemin,

    Les floraisons matutinales

     

    *A tout le monde, bon week-end-Amitiés*


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique