•   Louise Latraverse

    Collaboration spéciale

    Lorsque je commence à regarder le temps qui passe, à m’y attarder, je sais que j’en ai pour un bon moment. C’est sournois. Ça vient me visiter quand je suis un peu fatiguée. Pas trop. Juste assez pour en profiter. Je décide d’arrêter et d’observer ce qui va se passer.

     

    C’est-à-dire rien.

    Ô rien, tu m’inspires !

    Depuis que je suis enfant, j’ai ce rapport particulier avec le temps. Peut-être que ce n’est pas si particulier et que chacun vit des moments semblables. C’est même prétentieux de penser autrement. Je regarde autour de moi les humains s’affairer et déplacer beaucoup d’air. À mes heures, je participe moi-même à ce va-et-vient avec beaucoup d’application.

     D’un coup, l’élastique pète et stop, je débarque. Littéralement. Un refus total et global de participer à toute forme d’agitation. Une grève des obligations, des « il faut ». Il faut quoi ? Suis obligée à quoi ? Pour quelques jours – un temps indéfini – sans date de péremption inscrite sur mon front. J’arrête.

     Je ne suis obligée à rien. Je pourrais même devenir « périmée », comme les œufs, le yaourt et le lait. Il est étonnant qu’on ne sache pas encore, d’une manière scientifique, à quel moment on sera « périmé ». Cela simplifierait grandement nos vies. J’aurais le temps de faire mon ménage, la semaine d’avant, question de faire bonne impression avant de partir. À 89 ans, vers 16 heures, vous serez « périmée ». Pas de niaisage, ni étonnement, ni grands sparages.

     — Goodbye, Loulou, was nice meeting you !

    — Vous le saviez depuis longtemps. Vous avez donc eu le temps, tout le monde, de vous y faire.

    Ça prend quelques minutes et neuf mois pour faire un enfant. C’est clair et précis. On suit le déroulement avec toute la gamme d’émotions liées à ce grand évènement. Tout est mis en place pour que ce soit une réussite. Une des plus grandes de la vie.

    Donc, si on connaît précisément le temps nécessaire à faire un enfant, il serait juste de savoir aussi combien de temps il faut pour atteindre la date de péremption, non ? Incroyable, le nombre de détails laissés en suspens au moment de la création !

    Sept jours ! C’était trop court. Ce fut bâclé. Et nous voilà pris avec les conséquences. Ce qui fait qu’on ne cesse de s’agiter parce que si on s’arrête un tant soit peu, on se met à y penser. À la date de péremption !

    ***

    Ce détour pour arriver à mon sujet, le Rien.

     Ce n’est pas simple de vivre avec Rien. Quand le signal est clair, je m’enferme avec lui chez moi. Je me glisse doucement sur le divan parmi les coussins. La couverture de laine pas trop loin. Plus de radio ni de télé. Je triche un peu avec le web. Essayez pendant quelques jours, en vous appliquant. Presque impossible ! Même les moines n’y arrivent pas. Je travaille à maîtriser ce Rien depuis des années.

    Mon éducation judéo-chrétienne a laissé des traces. Dans l’art du Rien, la culpabilité est l’ennemi numéro un. J’ai tout essayé pour m’en défaire. Une vieille gomme collée, incrustée dans les parois de ma mémoire. Je sais, au plus profond de moi, que je dois m’abandonner à cet appel du Rien. Et la culpabilité, vilaine sorcière, commence son numéro.

    — Un avant-midi, ce n’est pas grave, ça fait même du bien.

    Arrive la fin de l’après-midi et le malaise est déjà installé. Les « il faut » s’accumulent en rangs d’oignons.

    — Tu devrais te préparer pour aller au théâtre, la pièce finit ce soir.

    — Non.

    — Tu devrais lire Modiano, Prix Nobel, il est dans la troisième rangée dans la bibliothèque.

    — Non. Trop de poussière. Et je l’ai déjà lu. Même si je ne m’en souviens plus.

    — Tu devrais écrire ton billet. Tu es partie depuis deux semaines. Grouille !

    — Non. J’ai rien à dire.

    — Prends un mot, n’importe lequel et commence. Ça va venir.

    Non !

    Les jours passent. Je ne bouge presque plus. J’ignore même Facebook. J’y arrive. Je suis une roche. Enfin ! Je n’entends presque plus la voix de la méchante sorcière. Le monde extérieur n’a plus tant d’importance. Je prends quand même les appels de ma famille. Les seuls ! Je suis aussi intéressante qu’un bottin téléphonique. Ce Vide est d’un grand confort. Le Rien tant espéré fait son œuvre. Les interdits ont pris le bord. J’avais un début de grippe, j’avais mal aux muscles, je me trouvais plate. Pfffft…

      

    Ne connaissant toujours pas ma date de péremption, je passerai encore du temps avec mon petit Rien. Il fait des miracles ! Quand il vient me visiter, il suffit que je le laisse entrer et que je lui donne la place qu’il réclame. Il n’a pas d’autres exigences. Quand il part, je ressens un regain d’énergie, comme une nouvelle jeunesse ! Je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire, j’en ai gagné ! Et c’est gratuit !

     Mes batteries rechargées, je repars m’exciter dans le trafic, jusqu’à ce qu’il revienne.

    — Toc, toc, toc.

    — Qui est là ?

    — Rien.

    — Mais entre, voyons ! Entre ! 

     

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    Ecoute ton coeur

    Grand mère

    « Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ? »
    Eh bien, vois-tu, j’apprends. J’apprends le petit, le minuscule, l’infini. J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne.

    J’apprends à être transparente, à regarder au lieu d’être regardée. J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent, la précipitation du coeur qui bat trop vite. J’apprends à marcher doucement, à bouger dans des limites plus étroites qu’avant et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

    « Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ? »

    J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j’apprends avec les nuages.

    J’apprends à rester en place, et à vivre dans le silence.

    J’apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j’apprends la patience et aussi l’ennui ;

     j’apprends que la tristesse du coeur est un nuage, et nuage aussi le plaisir ; j’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
    « Grand-mère,

     je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ? »

    Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée ; parce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées,

    j’apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux.

    J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs coeurs dans nos coeurs.

     J’apprends qu’on avance mieux en se donnant la main, que même un corps immobile danse quand le coeur est tranquille.

    Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

    « Et avec tout ça, pour fini, qu’apprends-tu donc grand-mère ? »

    J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends à être vieille ! 

     

    Source: Joshin Luce Bachoux...

    www.lespasseurs.com


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    Livre: Le Petit Prince - Antoine de Saint-Exupéry Audio: Bernard Giraudeau
    Vidéo: Natália do Nascimento
     
    Chapitre 1: 0:32
    Chapitre 2: 3:43 
    Chapitre 3: 8:54
    Chapitre 4: 11:42 
    Chapitre 5: 16:24 
    Chapitre 6: 20:45
    Chapitre 7: 22:09
    Chapitre 8: 27:12 
    Chapitre 9: 32:23
    Chapitre 10: 34:51 
    Chapitre 11: 42:30 
    Chapitre 12: 44:32 
    Chapitre 13: 45:44
    Chapitre 14: 50:57 
    Chapitre 15: 55:09 
    Chapitre 16: 1:00:24 
    Chapitre 17: 1:02:30
    Chapitre 18: 1:06:05 
    Chapitre 19: 1:07:30 
    Chapitre 20: 1:08:30
    Chapitre 21: 1:10:50 
    Chapitre 22: 1:19:27 
    Chapitre 23: 1:20:47 
    Chapitre 24: 1:21:28
    Chapitre 25: 1:26:41 
    Chapitre 26: 1:32:23 
    Chapitre 27: 1:44:02
     
     

     

    Natália do Nascimento

     

     

    Résultat de recherche d'images pour "l'essentiel est invisible pour les yeux"

     

    Le Petit Prince est un garçon aux cheveux d'or et au rire cristallin, qui ne répond pas aux questions qu'on lui pose mais ne renonce jamais à une question une fois qu'il l'a posée.



    Il habite sur une planète à peine plus grande que lui, l'astéroïde B 612, dont le sol est infesté de graines de baobab. Il possède une rose, née un matin en même temps que le soleil, orgueilleuse et capricieuse, qui l'accable de reproches.



    Il profite alors d'une migration d'oiseaux sauvages pour s'enfuir et visiter les planètes voisines. De rencontre en rencontre, il arrive sur Terre et découvre l'amitié avec le renard. Il apprend avec lui que l'essentiel est invisible pour les yeux et réalise à quel point sa rose lui manque.


    Il est temps pour lui de retourner auprès d'elle et d'en prendre soin. Sur le chemin du retour, en plein désert, à mille milles de toute terre habitée, il rencontre un aviateur...
    C'est l'aviateur qui va raconter son histoire.


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    No tan distintos...: Como árboles - Mario Benedetti

     

    Souvent, il est de coutume de parler de son jardin intérieur.

     

    Ce terme est tellement utilisé, que l'on reçoit même des injonctions, nous priant de prendre soin de notre jardin intérieur.
    Longtemps, j'ai cru que mon jardin intérieur devait ressembler au jardin d'Eden. Un lieu étant une copie-conforme du paradis. Alors, j'ai pris consciencieusement soin de mon jardin intérieur. Enlevant les graviers qui se déposaient sur le bord des sentiers. Taillant les haies et m'affairant à de nombreux travaux afin d'en faire un lieu idéal.

     

    Après chaque effort, je me baladais dans mon jardin intérieur, afin d'en admirer la beauté et l'ampleur du travail accompli.
    Un jour, lors d'une de ces balades, alors que je marchais sur le sentier, je me suis pris les pieds dans des ronces bordant le chemin. J'ai ressenti une forte douleur et j'étais en colère.

    Quelque temps après, j'ai remarqué l'existence d'un puits dans mon jardin. Il était dissimulé et je ne l'avais jamais vu auparavant. Je me suis approché du puit et j'ai regardé à l'intérieur : tout était noir et des bruits mystérieux et angoissants en sortaient. Soudain, je me suis senti aspiré par la profondeur du puit. J'ai alors ressenti une immense peur.

    Des roseraies magnifiques ornent également mon jardin. Souvent, je suis attiré par ces roses et je les contemple, en les touchant je m'y suis piqué. Comment une chose si belle, comment quelque chose que j'aime autant a pu me faire du mal ? J'ai énormément pleuré suite à cette blessure, la tristesse fut grande. Suite à ces événements, j'ai voulu éliminer le puit, les épines de roses, et les ronces de mon jardin. J'ai alors entrepris de grands travaux pour les détruire. Malgré toute ma bonne volonté, je n'ai pas réussi à enlever le puit, les ronces ni les épines de roses de mon jardin.

     

     Puis, j'ai compris. J'ai compris que toutes tentatives de vivre dans un jardin paradisiaque étaient vaines. Alors, pour la première fois de ma vie, j'ai accepté l'existence du puits, des ronces et des épines de roses. Pour la première fois de mon existence, j'ai accepté qu'en mon jardin intérieur, la colère, la peur et la tristesse existaient elles-aussi .

     

    Depuis cet instant-là, je continue à me balader dans mon jardin intérieur. Jamais je ne sais où mes pas me mèneront. Vais-je rire et chanter sous des arbres luxuriants ? Vais-je me retrouver face au puit ? ou alors dans les ronces ?
    Je ne le sais pas et je n'ai aucun moyen de le savoir. Toutefois, aujourd'hui quand je remarque que mes pas me mènent vers le puit, les ronces ou que mes mains approchent les épines de roses, je l'accepte.

    Il est plus douloureux de vouloir résister à la colère, la peur, et la tristesse enfuit en nous que de les traverser.

    Oui mon jardin a des épines de rose, des ronces et un puits sans fond. Tout comme mon jardin regorge d'endroits merveilleux , de lieux sereins et des places où des rires s'envolent.

     

    Je ne lutte plus car tout cela est en moi ; la lumière comme l'ombre. Je ne lutte plus, car je sais que malgré tous les travaux que je peux entreprendre, mon jardin ne sera jamais le jardin d'Eden. Et là n'est pas l'enjeu !

     

     Luc

     

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